Introduction & Alsace, Lorraine

Bijoux régionaux anciens - Introduction

 

L’industrialisation est arrivée tôt en France, comparé aux autres pays européens, et Paris et Lyon devenaient d'importants centres de production industrielle de bijoux vers le milieu du 19ème siècle.  Bagues, broches et croix estampées pouvaient être produites bien moins chères qu’en cire perdue, et un système efficace de distribution assurait que des quantités importantes pouvaient être disséminées à travers la France.  Les bijoux étaient vendus en gros aux bijoutiers détaillants et également à des colporteurs qui les vendaient de porte à porte et lors de réguliers foires et pardons.

De nombreux bijoux étaient faits en or laminé : comme un “sandwich” constitué d’une plaque de cuivre entre deux fines plaques d’or et compressé entre deux rouleaux pour obtenir l’épaisseur désirée.  Des sociétés telles que Murat, Fix et Oria, fondées en 1847, 1823 et 1897 réspectivement, étaient spécialisées dans la production de bijoux de haute qualité en or laminé.  Pour la première fois dans l’histoire, les peuples pouvaient porter des bijoux qui ressemblaient, à s'y méprendre, de l’or et la demande était forte dans une France de plus en plus prospère.

La popularité des bijoux en or laminé stimulait la demande des personnes qui en avaient les moyens pour des vrais bijoux en or, et bien que certains bijoux or étaient fabriqués industriellement, une bonne partie était faite localement, et surtout des bijoux régionaux.

Il y a, en fait, deux sortes de bijoux régionaux français.  Il y a des bijoux régionaux anciens qui étaient portés pendant l’âge de gloire des bijoux régionaux, soit entre 1750 et 1900.  Ces bijoux ont pu évoluer d’une simple bague ou croix à quelque chose d'unique à cette région par un procédé de progressions de successives et même imperceptibles mutations et adaptations.  Puis il y a le bijou régional qui a été fait récemment avec des motifs non traditionnels et qui est porté pour montrer son attachement à sa région.  La Bretagne a probablement le marché de bijou régional le plus actif et les symboles celtes, comme la triskèle, sont populaires sur les bijoux bretons, dont la plupart sont faits en argent et achetés par les jeunes ou les touristes.  L'Alsace a la cigogne comme motif, la Lorraine le chardon, la Camargue le taureau, la Champagne les grappes de raisins etc.  Des reproductions de bijoux régionaux anciens sont encore faites aujourd’hui, cependant ces bijoux ont tendance à être plus petits et moins flamboyants que les plus spectaculaires des bijoux régionaux anciens.  Certains de ces bijoux sont achetés par des membres de groupes folkloriques qui n’ont pas les moyens ou l’envie de porter les anciens, et d’autres bijoux régionaux sont portés tout simplement pour garder en vie la tradition et pour leur beauté et histoire.  Nombreux sont les villes et villages qui organisent des fêtes et des journées folkloriques annuelles où des résidents se parent de leurs costumes régionaux pour circuler en ville et se faire admirer et photographier.

 

 

L'étude des bijoux régionaux


L’étude des bijoux régionaux français est un passe-temps fascinant. Il reste encore tellement à découvrir: ce qu’il faut c’est observer constamment, chercher et se « nourrir » de tout ce qui ait possible et à partir de là, attendre pour que de nouvelles découverts, idées ou conclusions ou émergent. Par exemple, on ne peut pas, comme l’ont fait certains auteurs, tirer des conclusions en ce qui concerne la popularité d’un bijou dans le passé en regardant simplement la fréquence avec laquelle on le retrouve aujourd’hui. Bien sûr ceci peut-être un indice, mais d’autres facteurs beaucoup plus important doivent être pris en compte.

 


pendants d'oreilles "fileuses",  
en or laminé

Les pendants d’oreilles fileuses, les "grappes de raisins" du Pas de Calais et les boucles d’oreilles en filigranes de la région de Dieppe sont extrêmement rares aujourd’hui et pourtant elles semblent avoir été beaucoup vendues au 19ème siècle si on se base sur les documents et photographies retrouvées. Sur une planche de modèles de la Maison Baudet, bijoutier fabricant à Paris au 19ème siècle, on ne dénombre pas moins de quatorze modèles de Polletaises (fileuses). (2)  On ne peut pas tirer des conclusions fermes et définitives en se basant seulement sur l’étude des tableaux, photos et autres gravures. Mais en fait l’explication est assez simple si vous possédez une connaissance du marché de bijoux.  Ces pendants d’oreilles étaient faits en or estampé, ce qui impliquait qu’un bijoutier fabriquait plusieurs matrices en acier massif. Les pendants étaient faciles et pas chers à fabriquer tant que les matrices existaient, mais ils étaient très difficiles à réparer car creux et légers. Si une femme en cassait ou en perdait un, il y avait de forte chance que celui restant soit fondu et qu’un autre bijou soit acheté. Une fois les matrices étaient trop usées ou cassées, la production s’arrêtait sauf si la demande était suffisante pour faire graver de nouvelles matrices.  Il est probable que les pendants d’oreilles continuaient à être portés bien après l’arrêt de leur fabrication et donc petit à petit tous les pendants ont finis par s’user, se casser ou se perdre pour n’en laisser que très peu parvenir jusqu’à nous. De plus, les pendants d’oreilles sont plus sujets à la perte que des bagues, broches ou colliers. En effet si l’un des pendants est perdu, l’autre sera rapidement vendu ou fondu.
pendant d'oreilles région Dieppe, or


Catalogue de la production de Baudot, Paris, époque Empire.  cliché Mucem


Il reste encore des fabricants de bijoux en France qui emploient des matrices pour estamper des bijoux, et ils ont des très belles collections de matrices du 19ème siècle  Ils sont prêts à les remettre en service si vous passez une commande raisonnable.  Mais ils n’ont pas de matrices pour les pendants d'oreilles fileuses, par exemple, ni pour la croix Jeannette, qui était pourtant à l’époque la croix la plus répandue en France. Comment se fait-il qu’ils n’aient plus de matrice pour une croix si commune ? L’explication est encore très simple : les bijoutiers ont continué de produire ces croix jusqu’à ce que la dernière matrice soit cassée et depuis personne n’a été prêt à payer les quelques milliers d'euros que couterait la réédition d’une nouvelle paire de matrices.  Bien que les croix Jeannette soient encore produites aujourd’hui, elles sont réalisées par moulage au lieu d’être estampés.  Ceci en augmente le prix, car le poids d’or est supérieur, mais l’investissement pour le bijoutier est bien moindre.


Beaucoup d’autres bijoux pouvaient être facilement réparés et ont donc survécus 150 à 200 ans dans les coffrets à bijoux ou chez les collectionneurs. Mais plus un bijou est lourd, plus il est probable que le propriétaire le fera fondre lorsqu’il sera usé ou démodé. L’or a toujours été cher et malgré la hausse récente du prix de l’or, les bijoux en or sont bien plus abordables aujourd’hui qu’il y a 150 ans. Le boom du prix de l’or en 1980 et 2011 a vu la fonte d’énormément de bijoux anciens et il n’est pas vrai que les bijoutiers ne fondent pas les bijoux régionaux anciens. Beaucoup ne sont pas capables de les reconnaitre ou ne veulent pas avoir à s’embêter à les réparer ou à les traiter séparément ; c’est tellement plus facile de tout mettre à fondre chaque semaine.  Certains de mes meilleurs achats ont été effectués en achetant tous les bijoux d’acheteurs inexpérimentés au même prix que les fondeurs et de trier le lot. Quand je demande à des bijoutiers s’ils ont déjà eu des bijoux régionaux, la plupart me disent que non, mais quand je leur montre des photos, ils me répondent généralement qu’ils en ont eus et qu’ils les ont fondus…..


Chaque génération laisse des bijoux à la génération suivante et l’héritier regarde chaque bijou avec un œil critique : Vais-je le porter ? A-t-il une valeur sentimentale ? Est-t-il beau ? Combien puisse-je en obtenir?  Il est évident qu’un beau bijou avec une valeur sentimentale élevée à plus de chance d’être conservé pour les générations futures qu’un bijou démodé ou usé avec peu de valeur familiale mais d’une valeur intrinsèque élevée.


Essayer de déterminer la popularité des bijoux en regardant les preuves iconographiques est tentant, cependant il y a trop peu de documents pour chaque bijou et on peut supposer que les personnes ayant assez de moyens pour pouvoir avoir une portrait d’eux-mêmes ne représentaient pas l’ensemble de la population. Tout comme aujourd’hui, quand une femme au Maroc ou en Algérie va louer des bijoux pour son mariage si elle n’a pas les moyens de les acheter, nous ne pouvons pas en déduire ce que porteraient les femmes dans la rue il y cent ans si nous n’avions que ces tableaux, gravures et Daguerréotypes comme documents. Lanté et Gatine, quand ils ont essayé de faire un inventaire des costumes des femmes normandes en 1811 pour leur recueil de 105 costumes, ont admis que souvent les costumes n’étaient plus régulièrement portés par les femmes et ils ont dû convaincre certaines d’entre elles de les sortir des placards et de les porter pour eux. (3)


Un autre champ d’étude est d’essayer de déterminer les zones géographiques exactes dans lesquelles les différents types de bijoux étaient portés. Beaucoup de bijoux régionaux sur le marché aujourd’hui n’ont pas d’indication sur leur lieu de provenance, pourtant ceci est primordial.  Si j’achète une croix à Rouen, je vais essayer de savoir du vendeur où il l’a obtenue, et avec un peu de chance, il pourrait me dire que la croix venait de sa grand-mère qui a passé sa vie à Criqueboeuf-sur-Seine.  C’est une information importante, mais même si je n’ai pas toute l’histoire, le fait que la croix ait été achetée à Rouen est important et doit être consigné.  Bien sûr des familles peuvent déménager, mais peut-être 90% des bijoux n’ont jamais bougé bien loin.  Toutefois la plus belle croix de Saint Lô que j’ai achetée, je l’ai trouvée à Epinal, (difficile d’être plus loin de Saint Lô tout en restant en France), et le vendeur était incapable de me dire comment sa famille l’avait acquise.


La seule façon de découvrir quel bijou était le plus porté dans une région est de continuer à observer, faire des recherches et analyser toutes les informations possibles : archives des fabricants et notaires, anecdotes et informations dans les livres de la même période, photographies, trouvailles par les détecteurs de métaux ou achats par les bijoutiers.  En somme, toutes les bribes d’information utilisées par un détective pour résoudre un mystère. Avec le temps, on arrive à avoir une impression générale qui se rapproche le plus possible de la vérité.


Les travaux effectués par Marguerite Bruneau consistant à éplucher des centaines d’actes notariés du 17ème au 19ème siècle est remarquable et prouve que le travail de fourmi est souvent récompensé. J’étudie les bijoux régionaux français depuis plus de 20 ans et j’en sais certainement plus aujourd’hui qu’il y a 20 ans, et je l’espère bien moins que dans 20 ans.


L’évolution des bijoux régionaux est un autre domaine où beaucoup reste à découvrir. J’ai expliqué sur ce site comment je pense que la croix de Rouen a évoluée à partir de la simple croix drille, mais l’histoire de l’évolution de la croix drille, la croix de Saint Lô, la croix de Caen et bien d'autres reste à découvrir. Pour ceci, il faudrait étudier tous les bijoux et toutes les photos possibles afin d’essayer de discerner les subtiles différences entre elles et avec de la chance les spécificités de chacune permettraient de dater les différentes formes.

Les pendants d'oreille dits "poissardes" sont très interessants à étudier.  Il me semble probable que ces pendants d'oreilles poissardes ont pour origine des simple coquilles de moules polis et portés à l’oreille des vendeuses de poissons comme signe de reconnaissance.  Avec l'inévitable évolution ils se sont garnis d'acier, puis de l'or pour finir, pour le plus somptueuses d'eux, entièrement fait en or comme ceux ci-dessous.  Après ils sont évolués vers les poissardes plus travaillés illustrés ou la forme de moule n'est qu'un souvenir.

 

 


"poissardes" en nacre repercé
et acier transformés en broches


"poissardes" (pendants d'oreilles)
normands en nacre et or

 


très grands pendants d'oreilles
poissardes normands en or


 Poissardes en or,
bijoux normands

 


Il y a un autre chose qui est trop souvent oublié : les photos et cartes postales anciennes montrent souvent des femmes âgées portant des costumes et bijoux régionaux. Les groupes folkloriques ont souvent des membres et un public assez âgés. Mais la mode est faite par les jeunes, et comme l’écrivait le préfet de Normandie en 1801, c’étaient les jeunes filles, surtout celles qui fréquentaient les marchés, qui dictaient la mode des coiffes hautes qui ont fait la renommée de la Normandie. Il y a deux cent ans les jours de marché étaient l’équivalent de nos rues commerçantes d’aujourd’hui, c’était où on allait pour voir et pour être vu. Les bijoux et costumes régionaux étaient des objets de mode. (4)


Le marché des bijoux régionaux est une petite niche, et c’est compliqué pour un bijoutier de trouver un acheteur sauf s’il a déjà un client ou s’il a le temps d’utiliser l'Internet.  Pour un collectionneur, c’est une passion coûteuse et chronophage d’essayer de bâtir une collection complète et peu ont essayé (à ma connaissance celles de Lionel Bonnemere et de Michel Yvon étaient les plus vastes, j'ai vendu certains pièces à Michel Yvon et il a continué à agrémenter sa collection jusqu’à peu avant son décès. Les deux collections ont été léguées au Musée des Arts et Traditions Populaires).  Et bien que certains des bijoux régionaux ne peuvent plus être portés aujourd’hui, d'autres peuvent si les femmes montraient un peu plus d'originalité.  Henri Clouset disait déjà en 1934 "Il serait bon de faire comprendre aux jeunes générations que, même sur une robe à la dernière mode, un jaseron, une croix Jeannette, un coeur normand ne sont pas plus déplacés qu'un bijou "fantaisie" fabriqué en série dans une usine du Marais."  (5)  Les bijoux régionaux sont une partie de notre histoire, et bien qu’ils ne puissent pas parler et nous dire tout ce qu’ils ont vus, ils sont de remarquables témoins de notre identité culturelle. Une exposition, comme celle de 1997, qui s’est tenue dans plusieurs musées de France et qui a enchanté les foules, est attendue avec impatience.

 

 

(1)   FERRY, Bruno., L’art patriotique face à l’annexion - Alsace-Lorraine -1871-1918. Editions du quotidien, Strasbourg, 2015.

(2)   Planche de dessins de la Maison Baudet, Musée des Arts et Traditions Populaires. (maintenant MuCEM)

(3)   LANTE et GATINE., Costumes des femmes du pays de Caux et de plusieurs autres parties de l'ancienne province de Normandie, le Goupey, 1827

(4)  SAINT-AMAND, MASSON., Mémoire statistique du département de l'Eure, adressé au ministre de l'Intérieur d'après ses instructions par M. Masson Saint-Amand, préfet de ce département, publié par ordre du gouvernement.  A Paris, de l'imprimerie impériale, an XIII

(5)  CLOUSOT, Henri., Les Bijoux Populaires, Le Figaro, jeudi 9 août 1934

 

 

 

 

Bijoux alsaciens - Bijoux lorrains

 

 


épingles de nattes alsaciens, argent et vermeil

 

 

 

cliquez sur photos pour les agrandir en haute résolution

 


Croix de Lorraine sur photo d'époque, photographe Barthelémy, rue des Dominicains à Nancy

 

 

croix régionales, portées dans la région Lorraine jusqu'à la Champagne

Croix d'abbesse, Lorraine et Champagne, or

Croix d'abbesse, Lorraine et Champagne, or

Croix d'abbesse, Lorraine et Champagne, or

Croix dîte d'abbesse, portée en Lorraine jusqu'à la région Champagne, or

 

 


Croix régionale dite d'abbesse, portée dans la région de Lorraine jusqu'à la Champagne

 


Croix d'abbesse, portée en Lorraine jusqu'à la région Champagne, or


Croix d'abbesse, portée en Lorraine jusqu'à la région Champagne, or

Croix dîte d'abbesse, portée en Lorraine jusqu'à la région Champagne, or

  

 

 

Quatre des six croix illustrées ci-dessus ont été collectées dans la Lorraine.  On remarque que les larges beliers fixes les distinguent des croix illustrées ci-dessous avec leurs anneaux fines, dont deux ont été collectées dans la région Champagne.  J'invite à ce sujet les lecteurs à me faire part de leurs observations avant de classer ces croix dans leurs régions respectives.

 

 


Croix d'abbesse, Lorraine et Champagne, or


Croix d'abbesse, Lorraine et Champagne, or

 

Croix d'abbesse, Lorraine et Champagne, or


Croix d'abbesse, Lorraine et Champagne, or

Croix d'abbesse, portée en Lorraine jusqu'à la région Champagne, or

 

 

Bagues de fiançailles du pays messin en métal doré et argent
 

 

 


Bague de fiançailles de Strasbourg, dite la paysanne, en argent et verre

 

 

 

Bijoux régionaux mais non-traditionnels d'Alsace-Lorraine

 


Pendentif alsacien en or et plique-à-jour email
motif de cigogne et chardons


Broche alsacienne en nacre,
bijou régional (mais non traditionnel)

 

 

 


Broche cigogne en or


broche ancienne en or, decor cigogne


Broche alsacienne en or, émail et plaque de porcelaine

 

 

 


croix de Lorraine à decor de chardon


 

 


Broche motif croix de
Lorraine et chardon, or


Croix de Lorraine, or et émail

 

 

 


Bague 1914 - 1915 en or avec motif croix de Lorraine en email bleu

 

 


Pendentif avec motif croix de Lorraine en or et email bleu

 

 

 

Pendentif en argent commemorant le retour d'Alsace, circa 1918

 

 


broche patriotique en or avec motif croix de Lorraine et chardons

 

 

 


Costume et coiffe alsacien, photo ancienne

 

 


Costume et coiffe alsacien, photo ancienne sur plaque de verre


Costume et coiffe alsacien, photo ancienne sur plaque de verre

 

 

costumes régionaux alsaciens


Costumes regionaux alsaciens - carte postale avec timbre allemande...........

 

 

 

 

 

L’ART PATRIOTIQUE FACE A L’ANNEXION
ALSACE-LORRAINE 1870-1918

 

Le conflit de 1870, qui oppose la France de Napoléon III à la Prusse se solde par une défaite des armées françaises mal commandées par un état-major peu compétent.  En 1871, après la signature du Traité de Frankfort et le tracé des nouvelles frontières à l’Est, l’Alsace, la Moselle et une partie de la Lorraine sont annexées au Reichsland.

La France toute entière portera le deuil des Provinces Perdues. L’unité nationale va se construire autour d’un patriotisme exacerbé et belliqueux qui va puiser sa force dans l’espoir de la "Revanche".  En 1874, Léon Gambetta, abordant le sujet de la frontière, recommandera : "Pensons-y toujours, n’en parlons jamais !".

Dès 1871, des bijoux symboliques vont être créés pour permettre à chacun de manifester son patriotisme et son soutien à « l’Alsace-Lorraine », un concept anachronique imaginé dans un but d’unification nationale.

Les premiers seront réalisés par des bijoutiers parisiens dont Alexandre Piel ou Marc Gueyton. Ils seront essentiellement commercialisés en 1871 et 1872.  A Nancy, propulsée au rang de capitale de l’Est de la France, les artistes de l’Ecole de Nancy vont également manifester leur patriotisme à travers leurs œuvres.  Parmi eux se trouvent des bijoutiers qui vont utiliser les symboles allégoriques spécifiques lorrains : le chardon, l’alérion et la croix de Lorraine. Ils vont ainsi concevoir un modèle de bijou aux codes et aux standards bien définis et identifiables au premier coup d’œil.  Ces parures vont devenir rapidement un véritable phénomène de mode.

La croix de Lorraine va accéder au rang de signe emblématique, reconnu par toutes et tous, de la résistance, du nationalisme et de la revanche.  Ces réalisations rencontrent un tel succès que les bijoutiers parisiens, dont certains ont émigré d’Alsace, vont s’en emparer.  Les progrès de l’estampage vont autoriser une production de grande série, à faible coût et ils vont progressivement envahir le secteur de la mode et les objets du quotidien.

De 1871 à 1918, au gré des passions, des soubresauts de l’histoire, des manifestations religieuses, nationalistes ou patriotiques et du traumatisme de la Grande Guerre, ces bijoux si caractéristiques vont accompagner discrètement la destinée des français. Portés pendant un demi-siècle, ils seront les témoins muets mais ô combien visibles de cette pensée "éternelle" tournée vers les absentes.

Objets émouvants, parfois naïfs, mais aussi œuvres d’art à part entière, ils font partie intégrante de la Petite Histoire qui construit la Grande !

BRUNO FERRY

Auteur de livre -  L’art patriotique face à l’annexion - Alsace-Lorraine - 1871-1918. Editions du quotidien, Strasbourg, 2015.

Les photos des bijoux suivants sont extraites de l’ouvrage qui retrace, à travers 400 bijoux, breloques et objets divers, l’histoire de cette mode patriotique méconnue.

 

 


Broche en argent patriotique "Alsace-Lorraine".  Noeud en crêpe noir, cocarde et croix de Lorraine émaillées

 


Croix en bronze argenté crée pour les fêtes du couronnement de Notre Dame de Sion (Meurthe et Moselle) le 10 septembre 1873.

 


Bijou patriotique avec les trois symboles lorrains réunis sur une même broche : l’alérion, le chardon et  la croix de Lorraine. Métal argenté.

 

 

 

 


 Croix de Lorraine blasonnée
en argent ciselé. 


Broche florale en argent à volutes finement ciselées.
 


Croix de Lorraine en argent ciselé
aux extrémités fleurdelisées.

 

 

 


Broche patriotique en argent
d’inspiration Art Nouveau. 


Pendant de cou en argent
de style Art Nouveau.


Broche en argent et vermeil

 

 

 

 


         Pendentif Art Nouveau         


 


Broche patriotique au chardon lorrain en métal estampé argenté.

 

 

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